dimanche 19 novembre 2017

Far far East




La Mongolie, voilà une contrée qui a tout pour stimuler l'imagination! Plus vaste étendue enclavée au monde, elle semble inaccessible, alors qu'une correspondance à Moscou et deux vols avec Aeroflot y suffisent...

On songe à Gengis Khan, qui composa en quelques décennies, à coups de grandes cavalcades et quelques coups de mousqueton - à une époque où les européens ignoraient encore jusqu'à l'existence de la poudre, le plus vaste empire que la terre eût jamais porté : de la péninsule coréenne jusqu'aux portes de Vienne... 
A Cracovie ne sonne-t-on pas chaque heure, depuis le clocher de la cathédrale, pour alerter de l'arrivée des Mongols, sonnerie interrompue comme le chant d'un coq qu'on égorge par la flèche hardie qui vint transpercer le gosier du sonneur?


Et pourtant, de l'ancien Empire, ne subsistent que ces vastes steppes à peine peuplées de 3 millions d'habitants. Une démocratie coincée entre la Russie, qui y fut comme chez elle de 1921 à 1991, et la Chine, sur laquelle régnèrent longtemps les Mongols mais aujourd'hui si entreprenante... 









Je dois être à peu près l'un des seuls touristes à avoir survolé l'immensité Russe jusqu'à Oulan Bator non pour retrouver mon moi profond à l'abri d'une Yourte ou au fil d'un trek enneigé, mais juste pour voir ce que 70 ans d'expérience soviétique avaient laissé comme traces dans la capitale. 

Tous les guides sont unanimes : aucune raison de demeurer à "Ulaanbaatar" plus de temps qu'il n'en faut pour y trouver le guide qui vous ouvrira les steppes immaculées. La ville, qui subit une pression démographique phénoménale à l'échelle de ce pays, le moins densément peuplé du monde, et voit débarquer chaque année des dizaine de milliers d'ex-nomades, ne vaudrait pas un kopeck : laide, polluée, voire un rien interlope si l'on en croit les romans policiers à succès mettant en scène Yeruldelgger, le héros de Ian Manook... 
Insensibilité au style stalinien dans sa version centre-asiatique, dirais-je plutôt, tant le syncrétisme architectural de cette agglomération trépidante est passionnant.


Le long de l'interminable Avenue de la Paix - Perspektiva Miru, pour la version des anciens occupants, oh pardon "conseillers soviétiques", dont l'immense antre trône encore face à l'Ambassade de France, les édifices du début des années 1950 ont plutôt bien tenu face aux hivers de la capitale la plus froide du globe... 
Flanqués des vérandas d'une flopée de restaurants coréens qui en cassent la rectitude stalinienne, ils arborent leurs motifs soviétiques, des stucs vernaculaires aux faux airs de mandalas.  








Au milieu de l'avenue, se dresse depuis 1924 le grand magasin d'état, qui dans sa forme actuelle doit dater du milieu des années 1930 au vu de son architecture fonctionnaliste. L'Université nationale et quelques musées complètent les reliques de cette architecture soviétique souvent colorée, qui ne dépareillerait pas à Ekaterinbourg ou Kazan. S'y ajoutent bien sûr nombre de kroutchevitchki, ces blocs de quelques étages édifiés dans les années 1960, pour accueillir les coopérants soviétiques et les familles de la nouvelle élite mongole : ingénieurs, enseignants, agronomes... Là aussi, la même architecture de béton préfabriqué qu'à Wroclaw, Prague ou Moscou, quelques affres des hivers rigoureux en plus. 

La puissance de tutelle y a été moins prodigue qu'ailleurs en clubs ouvriers et équipements culturels. Aucun manifeste constructiviste - et pourtant, les Soviets prirent pied en Mongolie dès la guerre civile, au début des années 1920, et seulement une poignée d'édifices modernistes à usage collectif, dont le plus emblématique est sans doute le musée d'archéologie national. 






Si la végétation est rare et si les conduites de chauffage et autres égouts à ciel ouvert zèbrent le paysage urbain, la main des planificateurs russes des pays "frères" se lit cependant dans le caractère espacé des constructions, la présence d'écoles et de chaufferies de quartier, ou encore celle d'ambassades reflétant l'architecture de l'époque dans leurs pays respectifs : ainsi, l'Ambassade de République tchèque est typique des constructions tchécoslovaques des années 1970, de même que celle de Cuba a des faux airs d'immeuble de La Havane... 

La tradition et la modernité y ont aussi leur place, moins bien définie... A quelques pas de l'Avenue de la Paix, une colline surmontée d'un vaste temple bouddhiste où les habitants se pressent pour se promener le dimanche, abrite aussi un quartier de yourtes et d'Isbas. Et au loin, vers les montagnes qui enserrent la ville, les yourtes sont disposées comme dans la steppe, en véritables camps. Ça et là, des temples du XVIIIe et XIXe siècle, vidés de leurs moines lors des purges de 1937 - synchrones avec celles de la mère patrie, l'URSS - dressent leurs toits de tuiles traditionnels entre les carcarsses de béton laissées par le  premier boom immobilier connu par Ulaanbaatar, en 2008-2010, qui au gré d'une crise mondiale, se révèla pour l'instant le dernier...


Crédit photos  // SLAVIA vintage 

mardi 17 octobre 2017

Kieslowski - 20 ans déjà




Kieslowski occupe une place à part dans mon imaginaire, une place aussi sensible que son cinéma ou que la pellicule sur laquelle il se déploie. Il y a 18 ans, pour le deuxième anniversaire de sa disparition, j'ai organisé à Prague la première rétrospective intégrale (ou presque) de son oeuvre. L'occasion de projeter, outre la trilogie, la Double Vie de Véronique ou Tu ne tueras point, des films moins connus comme Le Hasard, l'une des premières variations cinématographiques autour de différentes fins possibles, et de vraies raretés telles que Le Personnel (1975), La cicatrice (1976) ou Le Point de vue du gardien de nuit (1977).   

Dans un mémoire présenté pour le diplôme de l'Ecole de cinéma de Lodz, en 1968, Kieslowski entendait définir sa conception du documentaire : utiliser les ressorts de la dramaturgie du réel et par un certain usage de la caméra, atteindre à des vérités non apparentes. De fait, les films documentaires qu'il produit dans les années 1970, financés par la télévision d'état polonaise, révèlent l'acuité de son regard. Des gros plans éminemment subjectifs s'opposent au traitement apparemment neutre du sujet et se substituent à tout commentaire. La caméra attentive et patiente capte d'intenses moments de vérité, tels que les larmes d'un - trop - jeune père (L'Hôpital) ou l'obsession de l'ordre d'un vigile (Le Point de vue du gardien de nuit).




"Saisir des gestes et des instants... c'est l'intérêt du documentaire et c'en est le piège", découvre Kieslowski, se confrontant par l'expérience à la question essentielle de la représentation. En mettant à jour l'invisible, des fragments de vie qui relèvent de l'intimité, le réalisateur en devenir atteint malgré lui à la part obscène du regard. 


Mais chez lui, le souci éthique est déjà omniprésent et lui commande de passer à la fiction avec l'Amateur par exemple (1979), qui évoque justement la découverte par un vidéaste débutant du pouvoir illégitime de la caméra. 




Son expérience de cinéaste documentaire lui révèle aussi la place centrale du hasard dans l'existence. "Peut-être faut-il juger en termes de bien et de mal, mais je ne le peux pas car je le crois pas", affirme-t-il. Parce que le réel est complexe, 
Kieslowski n'envisage pas son art autrement, cherchant cette morale à même de saisir toute la complexité du monde et des individus et qui lui dévoile l'expérience d'avocat de Krzystof Piesewicz. Celui-ci, qu'il rencontre en 1982, au début de l'Etat de guerre, deviendra son co-scénariste attitré, projetant dans les personnages sa lecture clinique mais humaniste des rouages du libre-arbitre. Après que Kieslowski eut arrêté de tourner, il entamera une carrière politique, se faisant élire sénateur.

Ce que Kieslowski veut donner à voir de la Pologne d'alors, c'est le non-représenté, les mécanismes à l'oeuvre dans une société exsangue. Le Hasard (1981) et Sans fin (1983), dressent un état peu complaisant de la société polonaise, en proie à la fois au vide de sens laissé par un régime fâché avec la vérité et la sincérité, et aux tourments d'une société de consommation sans cesse frustrée. 




Il ne s'agit pas pour autant de films militants : le seul engagement qui trouve grâce aux yeux du réalisateur, c'est celui envers soi-même, l'éthique de responsabilité. Les dix oeuvres du Décalogue sont autant de variations sur ce même thème, où le cinéaste s'affranchit en partie et pour la première fois du contexte polonais. 


Rétrospectivement, chacune des histoires apparaît caractéristique de ces années précédant immédiatement la fin du régime, au cours desquelles ont déjà disparu tous les repères moraux et idéologiques du socialisme d'Etat, au bénéfice d'un hédonisme coupable ("Tu ne convoiteras pas la femme d'autrui") du "hooliganisme" (Tu ne tueras point) ou du culte voué aux nouvelles technologies ("Tu n'honoreras qu'un seul Dieu"). 


Mais dans le même temps, le Décalogue prétend déjà à l'universalité : celle du hasard, de la répétition des situations, celle, impossible, de la morale. Il quitte alors ce pays si sombre que zèbrent uniquement les néons clinquants de Varsovie, pour la France, où il réalise les quatre opus qui le feront accéder à la notoriété.





Tandis que La Double Vie de Véronique est une ultime variation sur le seul thème du hasard, la trilogie des couleurs confronte toutes les préoccupations du réalisateur. Trois films qui renvoient à la devise républicaine et où les personnages composent tous avec la morale. Morale de conviction pour la jeune valentine, morale de responsabilité pour le vieux juge qui espionne ses voisins (Rouge) et le coiffeur millionnaire (Blanc). Et puis le hasard, toujours cette puissante force mystérieuse, qui fait se croiser les destins dans une répétition obstinée des événements. Bleu, Blanc, Rouge font soudain apparaître comme indissociables les questions jusqu'alors posées séparément par le cinéaste. 

Kieslowski parvient alors au bout de son cheminement, en réalisant des films qui reflètent la complexité du monde, l'infinité des choix possibles et de leurs conséquences, la vacuité de toute réponse définitive et univoque. Toute réponse n'est qu'un choix individuel. Et Kieslowski choisit de ne plus tourner.



Animation / illustration Rouge : Ingeborg

jeudi 7 septembre 2017

Acheron - Design funéraire tchèque

Je vous avais laissés trop longtemps, je sais : maxima mea culpa, sur la noirceur des destins entremêlés des habitants d'une cité polonaise au seuil des années 1990. Qu'à cela ne tienne, je me rattrappe avec une rentrée design allègre ce jeudi 7 septembre au Centre Tchèque à Paris. Celui-ci vous convie au vernissage de l'exposition "Acheron", dédiée... au design funéraire.



Allons bon, me direz vous, pas de quoi vous détourner de vos résolutions de la rentrée. Erreur! Non seulement l'expo, qui se prolongera jusqu'au 30 septembre, s'inscrit dans la Design Week, mais elle renvoie aussi à un pan inattendu et méconnu du design et de l'architecture moderne.

Car si de jeunes designers tchèques (Roman Kvita / Linda Vávrová / Sebastian Sticzay / Zuzana Knapková / Martin Chmelař) se sont ainsi penchés sur le dessin d'urnes funéraires, ce n'est nullement par hasard. Depuis les années 1920, les pays tchèques vouent un culte (païen) à la crémation, littéralement entrée dans les moeurs, au point qu'on lui doit outre les artefacts des designers sus-mentionnés, un chef d'oeuvre du cinéma du XXe siècle!




On rembobine : 1918, la Tchécoslovaquie devient indépendante, sur les ruines de l'Empire Austro-Hongrois. Du passé - marqué par la domination autrichienne issue de l'écrasement de la réforme protestante au XVIIe siècle, la jeune nation entend faire table rase. Côté tchèque, cela passe par une sécularisation poussée de la société : les églises, symboles de l'ancienne puissance tutélaire, se vident irrémédiablement, la constitution proclame l'égalité des femmes et des hommes, on ressuscite la vieille église des frères tchèques issue des hérétiques hussites du Moyen-âge et le Président-philosophe Tomáš Mazaryk installe dans sa villa officielle sa femme américaine et féministe, épousée sous le rite unitarien...



C'est alors que les Tchèques se prennent de passion pour le Livre des Morts Tibétain. Quoi de mieux, en effet, pour sceller les adieux à la très sainte église catholique et romaine, que de soustraire son âme aux affres du purgatoire en réduisant sa dépouille mortelle en cendres? L'engouement est tel, que le pays se couvre de crématoriums, modernes temples dédiés à l'esprit des temps nouveaux. 



Après la guerre, le nouveau pouvoir communiste, laïc et anti-catholique, ne trouve rien à dire à cette solution économique et iconoclaste, si bien que d'une mode touchant d'abord les élites culturelles, la crémation devient la norme. 

Dans les années 1960, l'un des joyaux de la Nouvelle vague du cinéma tchécoslovaque, celle des Miloš Forman ou Jiří Menzel, revient ironiquement sur ce goût pour les crématoriums. L'incinérateur de cadavres, de Juraj Herz, avec l'excellent Rudolf Hrušínský dans le rôle du dénommé Kopfrkingl, met en scène un prospère adepte du Livre des morts tibétain, propriétaire d'un crématorium du dernier cri. Alors que la guerre approche, celui-ci se découvre opportunément quelques gouttes de sang allemand, avant que les occupants ne lui suggèrent de nouvelles perspectives...




Aujourd'hui, 75% des Tchèques choisissent d'être incinérés. Designers confirmés et jeunes créateurs se penchent avec engouement sur le projet Urny avec la volonté d'introduire beauté et modernité dans cet objet symbolique tout en traduisant la prise de conscience d'un héritage spécifiquement tchèque. Les aimants de Zuzana Knapkova permettant de matériellement relier les urnes des couples ou les poèmes en morse incorporés dans le verre de Roman Kvita en sont quelques unes des illustrations!

samedi 22 avril 2017

United states of Love - portraits intimes de 4 femmes dans la Pologne de 1990


"Ce qui me paraissait important dans ce film n'était pas de faire une oeuvre sur le communisme en Pologne. Je voulais ressentir le communisme comme s'il était sous la peau des personnages."


Extraits  - interwiew du réalisateur polonais Tomasz Wasilewski par Mathieu Lericq







" Il semblerait que la période de transition, en particulier le début de cette époque, soit relativement peu investie. Cette période semble hors du temps, une sorte de trou béant dans l’histoire, n’est-ce pas ?

Oui, c’est vrai. Il n’y a pas de films qui traitent de cette période en particulier. Le film montre ma façon de voir la Pologne de 1990. La pire chose aurait été de reprendre les pensées de quelqu’un d’autre. J’ai situé le film dans la ville où je suis né, Toruń. Les gens que je dépeins sont ceux qui m’ont entouré lorsque j’étais enfant. Mais, bien sûr, il s’agit de ma vision de ces gens. Je voulais raconter cette histoire, parce qu’elle est comme une brèche. Pourtant, c’est une période capitale; tout d’un coup, nous étions libres, mais nous ne savions pas quoi faire avec. Le communisme était le seul point de repère. Imaginez un animal qui a vécu toute sa vie dans une cage, et maintenant que la cage est ouverte l’animal ne sort pas. Pourquoi ? Parce que la cage est sa maison.


L’impression rendue par le film est qu’il y a une frontière entre la réalité féminine, et une réalité que nous ne faisons qu’apercevoir, la réalité masculine. Voyez-vous les choses à partir de cette frontière ?

La réalité de cette période était très différente de celle que nous vivons aujourd’hui. La société était plus divisée. Même s’ils pouvaient apparaître comme plus proches, à cause du communisme, la ligne qui séparait les hommes des femmes était criante. D’ailleurs, lorsqu’on regarde les figures féminines dépeintes à cette époque, elles étaient principalement vues soit comme des prostituées, soit comme des mères."


"Je n’ai aucune distance ni par rapport au film, ni par rapport aux personnages. Jamais. Je suis en permanence avec eux. Je suis en eux, d’une certaine façon. Si j’instaurais une distance, ce serait comme une séparation. Mais sur le tournage, je les laisse être comme ils sont. Je n’interviens pas. Même si j’aime mes personnages, je ne les aide pas, je refuse de les prendre dans mes bras. Et je ne fais rien pour que les spectateurs les apprécient. Dans le monde réel, quelquefois nous agissons mal ou bien; je veux rendre la même chose en filmant mes personnages. Ils ne sont pas de mauvais personnages, mais parfois ils font des choses mauvaises. C’est fascinant."





vendredi 17 mars 2017

BAUHAUS - Hotel AXA - Prague


Il y a quelques jours, nous étions heureux de célébrer à Paris, avec Milk Décoration, le Bauhaus et le fonctionnalisme tchécoslovaques. A cette occasion, nous nous sommes une nouvelle fois plongés dans l'univers de l'icônique hôtel Axa...






Conçu et construit entre 1928 et 1932 par l'architecte Václav Pilc dont la femme, Běla Friedländerová, était membre de l’équipe nationale de natation et de plongeon acrobatique, il était articulé autour d’une piscine de 25 mètres, pourvue d’un plongeoir et flanquée de deux gymnases. 






Après la guerre et sa nationalisation sous le communisme, l’hôtel subit de nombreuses altérations, notamment au début des années 1980, lorsque le plongeoir fut supprimé et la piscine mise aux normes esthétiques alors en vigueur.





Ce n'est qu'en janvier 2015, que l’Hôtel AXA a réouvert ses portes après une restauration ambitieuse menée par l'architecte Rudolf Netík. Déclaré monument historique durant les travaux de restauration, ce bâtiment fait figure de véritable manifeste du style fonctionnaliste, dont il épouse les principes.





L’hôtel qui a retrouvé sa double vocation (hôtel-piscine) comporte trois ailes, chacune caractérisée par une couleur, dans une polychromie typique du Bauhaus, que l’on retrouve dans les couloirs, la signalétique, la décoration des chambres et la tapisserie du mobilier.




Restitué à la petite-fille de l’architecte en 1994, la résurrection de l'Hôtel Axa est le fruit des efforts de sa propriétaire, pour en préserver l’esprit années 1930, tout en répondant aux demandes des clients d'aujourd'hui. Elle fit pour cela appel au savoir-faire de Slezákovy závody, chargée de reproduire le mobilier d’origine d'après les archives photographiques. Quant à l'architecte en charge de la restauration, soucieux d'éviter tout pastiche, il s'est lui-même fendu d'un design original, à travers la chaise baptisée AXA, trait d'union entre le passé et le présent.



Crédit photos // SLAVIA VINTAGE
& Filip Slapal

samedi 25 février 2017

Kino - Martin Scorsese et le cinéma polonais


Suite à la remise d’un doctorat honoris causa à Martin Scorsese par the Polish National Film, Television and Theatre School, est né le projet de développer un cycle du cinéma polonais des années 60 aux années 80, composé autant de classiques que de films peu projetés sur les écrans français. Cette sélection de chefs d'oeuvre du cinéma polonais signée Martin Scorsese est à découvrir au Reflet Médicis jusqu'au 20 juin!


IL FAUT TUER CET AMOUR  - Janusz Morgenstern 



ILLUMINATION - Krzystof Zanussi


WALKOVER - Jerzy Skolimowski



LA TERRE DE LA GRANDE PROMESSE - Wajda 



lundi 16 janvier 2017

Kubista


Resté dans l'ombre de son maître, Jan Kotěra, Otakar Novotný fait pourtant partie de ces architectes qui ont contribué à faire de l'ancienne Tchécoslovaquie l'un des pionniers de l'architecture moderne, au même titre que l'Allemagne, les Pays-Bas ou les Etats-Unis.

Il est aussi emblématique de ce qualificatif synonyme à Prague d'avant-garde et de modernité : prvorepublikový, autrement dit "de la Première République". Chez nous, c'est à la Troisième qu'on se réfère avec nostalgie, oubliant le colonialisme, deux Guerres mondiales et le triomphe des valeurs bourgeoises. Tandis qu'en Bohême, ce sont ces 20 petites années de l'Entre-deux-Guerres et par extension les quelques années qui précédent l'indépendance en 1918 qui font rêver : à peine deux décennies de prospérité - au moins jusqu'au milieu des années 1930, de démocratie (la seule de la région) mais surtout, d'avant-garde sociale et artistique.








Une République "ne reconnaissant aucun privilège lié au sexe", dixit sa constitution de 1919, fondée par pionniers éclairés et accordant une importance centrale aux arts modernes : le cinéma (les studios Barrandov le disputant à ceux de Babelsberg), la poésie surréaliste, l'architecture, depuis le cubisme des années 1910, unique au monde, jusqu'au fonctionnalisme triomphant des années 1930.

Otakar Novotný incarne parfaitement cette époque, lui qui embrasse le cubisme tardif en même temps que les idéaux de cette Première République, lorsqu'il édifie pour la coopérative des maisons pour instituteurs ce superbe bâtiment en lisière de l'ancien quartier Juif. Des fenêtres découpées telles des diamants et une façade toute en géométrie, datant de 1921...

Membre des deux cercles artistiques les plus importants de l'époque, Mánes et Artěl, il se frottera ensuite au Rondocubisme (au programme presque surréaliste), avant de s'astreindre aux principes sévères du fonctionnalisme, notamment pour le nouveau siège de Mánes, un autre de nos bâtiments préférés (à suivre!)






 Crédit photos // SLAVIA VINTAGE