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vendredi 30 août 2019

Hedy Lamarr - From Extase to Wifi


Venise, 2019. Placé cette année sous la direction de la réalisatrice et productrice argentine Lucrecia Martel, le jury de la Mostra est d'emblée agité d'une controverse à tiroirs: pourquoi seulement deux réalisatrices dans la sélection officielle? Faut-il assister à la soirée de gala en présence de Polanski, en lice pour le Lion d'Or, lui?

Un autre épisode aurait pu nourrir la polémique : en pré-ouverture, la projection d'une copie restaurée de Extase, chef d'oeuvre tchécoslovaque réalisé en 1932 par Gustav Machatý et qui contient la première scène de nu intégral de l'histoire du 7ème art. D'aucuns auraient pu y voir le premier signe de l'objectification du corps des femmes sur grand écran (quand bien même hors des salles de cinématographes fleurissait déjà depuis longtemps une abondante production pornographique, qui s'accommodait fort bien du muet...). Ou bien se souvenir que lors de sa présentation à Venise en 1933, le film fit scandale et fut voué aux gémonies par Pie XII.

A l'écran, cependant, une magnétique actrice viennoise Hedda Kiesler, qui n'a pas encore adopté son pseudo hollywoodien, Hedy Lamarr, dont le destin hors normes révèle celui d'une émancipation en butte aux préjugés de son temps.



Revenons en 1929. Le temps d'avant la crise mondiale et du cinéma muet triomphant. La Tchécoslovaquie, un pays né en 1918, s'est rapidement taillé une place enviable dans cette nouvelle industrie. Le pays regorge d'industriels, d'excellents techniciens et d'artistes d'avant-garde et soigne aussi bien le marché allemand où dominent les studios de Babelsberg que le marché français, où prévalent ceux de Boulogne. Quant au muet, il lui offre la possibilité de produire des opus exportables sur toute la planète. Gustav Machatý s'offre ainsi un beau succès avec un film-ovni, bluette moraliste en apparence, mais formellement innovant: Erotikon. Point de nudité ici mais une fille perdue livrée aux désirs d'un homme de passage, dont le désir et les tourments sont saisis à fleur de peau. Au scénario et au script, Vitěslav Nezval, chef de file des surréaliste tchèques et ami de Breton, qui vient de proclamer Prague "capitale magique de l'Europe".

Deux essais dans le cinéma parlant plus tard, Machatý renoue avec l'érotisme. Puisque le cinéma parle, alors qu'il dise vrai : le corps de l'héroïne sera dévoilé entièrement. Entretemps, les gigantesques studios de Barrandov ont été édifiés sur une colline au-dessus de Prague, dans le style fonctionnaliste, par les frères Havel (respectivement l'oncle et le père de l'ancien dissident et président tchèque Václav Havel). Le producteur, la compagnie Slaviafilms, vise l'export. N'ayant pas renoncé à leurs lucratifs circuits de distributions internationaux, les sociétés de production découpent les films en tronçons, les dialogues au besoin retournés avec des acteurs Français ou Allemands. 

Le réalisateur refuse pour la version allemande, mais doit s'exécuter pour la version française, co-produite par la Gaumont. il parvient cependant à préserver l'unité de l'ensemble, tant la bande son et la photo imposent leur langage et le charisme de l'actrice principale, 19 ans mais déjà plus une débutante. Née à Vienne, elle débute à l'écran et sur les planches à 16 ans, en 1930. Remarquée par Otto Preminger, elle s'embarque pour Berlin dès 1931. 

Extase est son cinquième film. Comme espéré, le film fait scandale et draine un public piqué d'avant-garde ou de curiosité pour la fameuse scène où Hedda Kiesler émerge des eaux comme la Vénus de Botticelli. Pour sa protagoniste, ce scandale est synonyme de reprise en main familiale : sur les conseils insistants de ses parents, elle épouse un puissant industriel de l'armement, qui l'éloigne aussitôt des projecteurs. Renouant avec la vie viennoise, elle y reçoit les fréquentations de son époux, Chancelier du Reich et Duce transalpin compris...

Elle trouve refuge en Suisse, où elle s'éprend d'Erich Maria Remarque et rencontre quelques producteurs de passage. A Londres, Louis B. Mayer la reçoit mais lui propose un contrat dérisoire, inquiet que la réputation sulfureuse acquise avec Extase ne se révèle un frein à sa carrière
américaine.


Qu'importe, elle refuse, et s'embarque sur le Normandie pour New York. A bord, Cole Porter la met en musique et Louis B. Mayer, finalement conquis, lui offre le contrat qu'elle exige. 1937: "Hedy Lamarr" vient de signer pour la MGM, avant même d'avoir posé les pieds aux Etats-Unis.

Ses débuts sont fracassants - on la classe d'emblée parmi les nouvelles vedettes venues d'Europe aux côté de Dietrich, Claudette Colbert et Garbo et elle côtoie à l'écran Spencer Tracy ou Clark Gable, enchainant plusieurs succès durant la guerre. Mettant fin à son contrat avec la MGM en 1945, elle s'investit dans une production indépendante, le Démon de la Chair, où elle retrouve nombre d'émigrés autrichiens. En 1949, Samson et Dalila est son dernier triomphe, avant d'achever sa carrière au milieu des années 1950 dans des fresques historiques notables.

D'emblée affublée d'une réputation sulfureuse car affichant volontiers sa liberté sexuelle, son aura est ternie par une industrie en proie au Maccarthysme et à la pudibonderie et jusqu'à sa mort, anonyme retraitée de Floride, ce sont ses frasques supposées et ses difficultés intimes qui alimenteront la chronique.


Pourtant, au cours de ses années d'épouse modèle auprès d'un industriel jaloux, Hedy Lamarr s'est intéressée de près aux technologies militaires, se passionnant en particulier pour la cryptographie. En marge de ses succès hollywoodiens, elle planche sur des équations et munie de quelques convictions, entend apporter sa pierre à la victoire sur les Nazis. 

En 1941, elle dépose conjointement avec son ami le compositeur d'avant-garde Georges Antheil un brevet pour un système crypté de radio-guidage des torpilles (la guerre sous-marine fait rage dans l'Atlantique). Une technologie trop avancée pour l'époque, mais testée par l'US Navy lors de la crise de Cuba en 1962 et encore présente aujourd'hui dans les technologies GPS ou Wifi... 


Tour à tour vilipendée pour sa vie sexuelle libre (son autobiographie figure parmi les plus franches à cet égard) ou taxée de "beauté froide" lorsque qu'elle snobe les codes du métiers pour produire un film ou déposer un brevet, Hedy Lamarr s'en fiche. Elle figure à la fois au Hollywood et au National Inventors Halls of fame. Et pour la seconde fois, 76 ans après, elle se dresse sur l'écran de la Mostra. Cette fois,  nul, ni le Pape ni Lucrecia Martel ne semble y avoir trouvé mot à dire.



dimanche 25 mars 2018

Amarillo - Fitzroy, Melbourne - Sun in an empty room




Il y a des lieux qui ont de l'âme et qui semblent avoir toujours été là. C'est le cas de "Amarillo" bar à cocktails de Fitzroy se fondant dans le décor de Brunswick Street. Un cadre cinématographique aux teintes chaudes dont l'enseigne en biais interpelle captant le rôle clé de la lumière dans l'espace, le rayonnement unique traversant les stores vénitiens du comptoir.

Hauts plafonds, banquettes caramel et vynils, bar en terrazzo et fauteuils pivotants... D
ès la lecture du journal du matin, avec pour unique bruit de fond le son du ventilateur, Amarillo dégage une ambiance tamisée années 40. 

En fin de journée, cet angle de rue devient le repère d'amateurs de romans noirs et on se prend à imaginer Hopper et Ellroy réunis, un martini à la main.










mardi 20 octobre 2015

Konditori Valand - Stockholm


Une ambiance feutrée et patinée... et l'envie de se réfugier dans l'atmosphère 50's du mythique café Valand bercé par le jazz de Monica Zetterlund.














Crédit photos // SLAVIA VINTAGE
Scène du film Monika Z (Per Fly 2013)

dimanche 7 juin 2015

Maison de l'Unesco - Paris : ondulations et béton armé


Sous une chaleur écrasante, quelques photos prises au siège de l'UNESCO, pour admirer le jeu de volumes et les piliers  en béton de l'Étoile à trois branches!














Crédit photos // SLAVIA VINTAGE


vendredi 17 octobre 2014

Let's go to Pavillon Volksgarten ! - Wien



L'été indien se prolonge! Du coup on a envie de profiter pleinement des dernières soirées en terrasse…  Je vous emmène aujourd'hui dans un lieu hors du commun : le Pavillon Volksgarten construit en 1950 par l'achitecte le plus réputé du Vienne d'après-guerre : Oswald Haerdtl qui fit le pari d'une architecture ludique et moderniste en plein cœur de la capitale autrichienne.

A la fois café, restaurant et discothèque, ce lieu a ré-ouvert il y a quelques années en gardant l'essence du lieu (avec ses meubles Thonet d'époque) mais aussi son énergie ! Dès le mois d'avril, les Viennois s'y pressent pour profiter de la fraîcheur du jardin, goûter à l'atmosphère vintage du parc et participer à ses soirées électro. Ce lieu se savoure comme un bonbon aux couleurs acidulées (du rose guivaume au vert pomme) et du matin au soir. Rien que pour voir les petites lampes perforées du jardin s'éclairer!


















Si vous aimez Let's go to pavillon, vous aimerez peut-être Tropical Vintage au Cap d'Or


Crédit photos  // SLAVIA VINTAGE



jeudi 10 octobre 2013

Au coeur de la Cité Radieuse - Marseille


L'Unité d'habitation du Corbusier (édifiée entre 1947 et 1952) est un passage obligé si l'on vient découvrir Marseille 2013. 

Dans ses rues intérieures on peut  trouver une boulangerie, une librairie spécialisée, un hôtel et même un restaurant : 
une adresse gastronomique étonnante, Le Ventre de l'architecte !

Ce restaurant, hors du temps, rend à la fois hommage à le Corbusier et au film éponyme du réalisateur Peter Greenaway. Mais aucun risque, vu le calme du lieu et la finesse des plats de souffrir des mêmes maux que le personnage principal Stourley Kracklite! 










Dans ce cadre, on est surtout séduit par la sobriété de l'intérieur. L'atmosphère est intime et élégante, jouant avec les matières (marbre, bois, béton) et une gamme de couleurs marquée par le noir.

A la chaleur du bois, se rajoutent les éclairages indirects des lampes "Pipistrelle" et "Laroche" et les formes ondulées des chaises scandinaves.

Le plus étonnant, la sensation d'espace dûe à sa configuration en double hauteur et à la vue  illimitée de sa terrasse sur les îles du Frioul. 

Mais le plus inoubliable est sans doute de découvrir dans cette atmosphère intemporelle, la carte créative de Jérome Caprin! 








Crédit photos // SLAVIA VINTAGE

dimanche 16 juin 2013

Café Valand - Stockholm


Dans Kitka, Juli et John retracent leurs rencontres et voyages au Japon et en Scandinavie, à la recherche de meubles et objets design, aux lignes pures et essentielles, pour leur magasin de Toronto, Mjölk. Chaque post traduit leur sensibilité et leur recherche d'âme et d'authenticité. 

Voici quelques unes de leurs photos, prises au café Valand. Ouvert en 1954 à Stockholm par Magdalena Aström et son mari, l'architecte Stellan, qui conçut le lieu, il est toujours dans son état d'origine. Une merveille des années 50 où le couple continue encore aujourd'hui à proposer ses gâteaux maison! Un voyage dans le temps : bois sombres, téléphone à cadran, café filtre. L'agent Dale Cooper aurait aimé y déguster une tarte à la cerise dans Twin Peaks...














Crédit photos // Kitka

mardi 5 mars 2013

Marseille 2013 : Une cité si radieuse / Le Corbusier in Marseille


Quand on a la chance de pouvoir accéder librement à un bâtiment tel que la Cité radieuse, il ne faut surtout pas s'en priver! Prendre le temps de parcourir et re-parcourir  avec attention les différents étages, en s'attardant dans la rue centrale. Accompagner des amis venus de loin à l'Hôtel Le Corbusier, dont les chambres, au quatrième, respectent la configuration d'origine, simple et fonctionnelle, en faisant pour la énième fois le plan d'y dormir un jour. Déjeuner au (dans!) le bien-nommé restaurant Le ventre de l'architecte – d'après le film éponyme de Peter Greenaway. Déambuler le long des bureaux peu à peu investis par des cabinets d'architectes et des galeries de mobilier signé, faire une pause à la librairie d'archi, acheter quelques bonbons à la petite boulangerie toujours en fonctionnement et demeurée dans son jus 1950s – y compris le four en fonte… 













Dans ce bâtiment conçu après-guerre par Le Corbusier comme un village vertical, rien ne devait manquer. Du coup, le toit-terrasse, dont les formes ondulées font autant songer à celui de la Pedrera, de Gaudi, qu'au pont supérieur du paquebot France, accueille une école maternelle, une petite piscine pour enfants, un auditorium de plein air, un gymnase… offrant, privilège marseillais, une vue sublime qui embrasse toute la baie, depuis les Goudes jusqu'au terminal passager où accostent d'autres sortes de paquebots.

Sous la lumière crue du Sud, le béton troque le gris ruisselant qu'on lui connait sous d'autres latitudes pour une blancheur digne de l'autre côté de la Méditerranée. Etendue sous le grand ciel, au bord de la petite piscine, on se prend à songer que des quatre "Unités d'habitations" édifiées par l'architecte en France, seule la "Maison du fada", comme l'appellent affectueusement les Marseillais, mérite son titre de Cité Radieuse.













Il y a trois ans, le gymnase (ci-dessus) est devenu la propriété d'Ora-ïto, le designer prodige et prodigue originaire de Marseille. Amoureux de sa ville, il a également acquis le phare du Planier, au large de la baie, pour en faire une résidence d'artistes. Désormais au 7ème ciel de la cité radieuse, il en a fait restaurer le toit-terrasse, et compte ouvrir une librairie dédiée au Corbu et un espace de création. 

En attendant, on peut lézarder sur la terrasse au soleil ou suivre des cours de gym suédoise au grand air, avec vue sur la baie: un cadre inspirant pour oublier l' effort! 


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Crédit photos // SLAVIA VINTAGE