Affichage des articles dont le libellé est années 30. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est années 30. Afficher tous les articles

mercredi 16 octobre 2013

Café Slavia - Praha : Bienvenue à Gattaca

Le meilleur moment pour découvrir le Café Slavia est très tôt le matin, lorsque les journaux du jour ont été à peine dépliés et que l'allée centrale est presque déserte. C'est là que les premiers RDV d'affaires côtoient l'oisiveté de quelques habitués. Le café est encore silencieux et face à l'alignement des chaises Thonet et des tables au bois sombre, l'ampleur du lieu se révèle.

C'est son allure Art Déco (datant de la 1ère République et largement revue au cours des années 90) aux accents futuristes qui le rend unique : la fusion d'un tableau de Tamara Lempicka et de l'univers esthétisant du film Gattaca : bar aux lignes épurées, éclairages indirects, suspensions et horloge aux lueurs vert absinthe... et comme dans un paquebot des années 30, d'impressionnants plafonniers en verre et bronze, combinés aux murs lumineux imaginés par le cabinet Jan Spacek lors de sa complète reconstruction, à la fin des années 1990.














Le temps d'un café, on pose bien sûr son regard sur les murs de marbre recouverts de visages en noir et blanc rappelant le rôle essentiel du café Slavia dans la vie culturelle et politique tchèque.

Depuis son ouverture en 1884, ce Café a accueilli le public et les artistes du Théâtre national situé de l'autre côté de la rue (dont le compositeur Bedrich Smetana). C'est ainsi que dés la fin du XIXème siècle, le Slavia est devenu un lieu d'expression de la culture et du sentiment national. Ce rôle politique, il le gardera même après la nationalisation et les interdits de la normalisation, restant un des lieux de rencontre des étudiants et de l'Intelligentsia dissidente tchécoslovaque, dont Vaclav Havel. 

Aujourd'hui, il reprend sa place les soirs de spectacle, dans l'attente de voir peut-être ressurgir des débats passionnés, en ce début du XXIème siècle...










Table en verre noir et bois  SLAVIA VINTAGE







Si vous aimez Café Slavia : bienvenue à Gattaca, vous aimerez peut-être 


Crédit photos // SLAVIA VINTAGE

jeudi 4 juillet 2013

L'âge d'or des cinémas : Le Grand Rex, Le Louxor et La Pagode - Paris


Pour trouver à Paris un peu de fraîcheur quel meilleur choix que 3 salles mythiques pour allier émotions cinématographiques, "Légende" et climatisation!

Tout d'abord, Le Grand Rex avec son immense façade Streamline et son allure de Radio City Hall...




Lors de son ouverture, le  le 8 décembre 1932, une foule élégante en smoking et robes strassées s’y presse.  Pour le Paris-Soir il s'agit « du plus beau temple jamais élevé à la gloire du cinéma. » : la grandeur de la scène du music Hall impressionne, ainsi que  le plafond étoilé de sa salle atmosphérique.

Ouvreurs aux gants blancs, lumières, palmiers et spectacles de claquettes magnifient la naissance de cette salle,  réussite de style « méditerranéo-antique » et extravagance du producteur Jacques Haïk... qui finira malheureusement ruiné.




La Deuxième Guerre mondiale n'épargnera pas le Rex. Le Palace est  requisitionné par les allemands pour divertir les troupes. Mais à la Libération, le cinéma américain ré-envahit les salles et avec lui, c'est le retour des grandes comédies musicales, des stars et des grandes avant-premières comme celle du film « Les Oiseaux » en 1963. Aujourd'hui encore, le Rex est une salle idéale pour découvrir les productions américaines, entouré de l'effervescence des Grands Boulevards et d'une mise en scène remémorant les lancements des classiques du 7ème Art.




Puis au carrefour de La Chapelle et Barbés, se trouve Le Louxor, ré-ouvert il y a juste quelques mois, avec sa façade néo-égyptienne restaurée, composée de têtes de pharaons, scarabés et mosaïques étincelants noir, or et bleu cobalt.





Son inauguration en 1921 sera aussi un véritable succès, avec ses 1200 places, son grand orchestre accompagnant les films muets et son décor oriental majestueux, très en vogue à l'époque - le prestigieux film "Cleopatra", tourné en 1917 par la Fox, ayant marqué les esprits.

Cette immense salle saura évoluer avec l'arrivée du parlant et plus tard, dans les années 50, en diffusant peplums, films noirs et séries B.


Dans les années 70, le Louxor, suit l'évolution démographique du quartier et le changement des mentalités, en orientant de nouveau sa programmation. Il propose des films indiens et arabes en version originale. En 1976 d'ailleurs, un film secoue le Louxor : "Les Chroniques des années de braise" de Mohammed Lakhda-Haminar (palme d'or au Festival de Cannes). Traitant de la Révolution algérienne de 1954, chaque projection suscite des fortes tensions dans la salle.






Dans les années 80, la salle est rachetée par le Groupe Tati qui espère y installer un magasin mais la protection du bâtiment par les Monuments historiques empêche le projet. Le Louxor ne diffuse plus de films et devient une boîte de nuit jusqu'en 1987. C'est alors que la salle ferme ses portes jusqu'en 2013.

Aujourd'hui ce cinéma mythique a retrouvé sa splendeur d'antan avec son bar au style Art Déco, le plafond étoilé de la dépaysante salle "Vallée des Rois" et le style néo-égyptien de la grande salle "La Pharaonne". Un passage obligé pour tout cinéphile venu y goûter l'émotion de la Rose Pourpre du Caire... 





Et finalement La Pagode avec son architecture japonisante et son jardin oriental.




Cette salle n’était pas l’origine un cinéma  mais  une salle de réception offerte en 1896 par le directeur du Grand magasin Le Bon Marché, François Emile Morin à son épouse, passionée par l’Extrême Orient (qui le quittera néanmoins pour son associé l’année même de l’inauguration…).

Ses décors et ses fresques impressionneront les parisiens invités aux somptueuses réceptions, jusqu’en 1927. La salle est alors fermée pendant une période de 5 ans.


En 1931, Les portes de la Pagode s’ouvrent enfin au public. La salle de bal devient salle de cinéma et commence ainsi son engagement cinéphilique. Elle devient une des premières salles d’art et d’essai de Paris et participe activement, dans les années 60, à la Nouvelle Vague. On y diffuse Truffaut, Rohmer, Bunuel, Bergman...

Aujourd'hui, on s' y presse encore pour découvrir le dernier Asghar Farhadi tout en prenant un verre à l'ombre des bambous. 

Le Rex, Le Louxor et La Pagode sont des oasis dans la ville et des salles uniques qui prolongent le plaisir du cinéma bien au-delà de l'écran...





Si vous aimez L'âge d'or des cinémas, vous aimerez peut-être Palace Akropolis Prague
et Palace Ariston San Remo

Crédit photos // SLAVIA VINTAGE

dimanche 31 mars 2013

El Velodromo Barcelona


A Barcelone, la brasserie catalane Moritz a ré-ouvert en 2009 une institution des années 30, « El Velodromo ». J'ai aimé ce lieu tout de suite: son amplitude et le ballet des serveurs qui me rappellent les grands cafés d'Europe Centrale... mais aussi le mélange réussi des générations dans un seul et même espace.

Le choix du type de rénovation (réalisée par le studio Pilar Libano et respectant volontairement l'ancienne identité des lieux)  explique que les anciens clients du quartier se sentent au Velodromo aussi bien que par le passé!

Ils y prennent toujours leur vermouth "de grifo" (au robinet) ou leur "chocolate con churros" mais y croisent, depuis l'inauguration, une nouvelle génération d'habitués qui en apprécient surtout l'ambiance  et le créneau horaire très large: jusqu'à 3 heures du matin et même plus... Ils y trouvent des tapas de qualité et des bocadillos soignés pour combler un petit creux (combien de fois le Velodromo m'a sauvée d'une fringale nocturne!), et puis la presse, un billard, un bar à cocktails.




     El Velodromo : Carrer Muntaner, 213  08036










Et une atmosphère... Pendant des décennies ce lieu  a accueilli des politiques, des artistes et des intellectuels et devient un lieu d'échanges et de "tertulias". Au cours de la Guerre Civile, ce rôle se renforce: se retrouvent au Velodromo les membres du gouvernement de la République, réfugiés à Barcelone. A l'arrivée du franquisme, la gauche barcelonaise gardera pour habitude de s'y retrouver.

Quand il y a quelques années, Moritz récupère le lieu, la marque cherche à en faire l'un de ses flagships, dans son entreprise pour renouer avec l'esprit de cette maison longtemps tombée dans l'oubli. Privilégiant le rachat de lieux emblématiques à la publicité, s'entourant de signatures comme Jean Nouvel, qui conçoit la réhabilitation de l'ancienne brasserie de la marque (même si la bière elle-même est brassée dans l'Aragon voisin, à Saragosse), Moritz entreprend une longue réhabilitation qui dure 6 ans et au fil de laquelle "tout change mais rien ne change" pour garder l'authenticité, le volume et le caractère du lieu. 

Les touches de modernité (chaises et tabourets contemporains aux couleurs primaires, lumières indirectes et tapisseries d'un rouge éclatant) ayant pour but de mettre en avant le bois sombre du mobilier d'origine, l'escalier central, l'ancien billard, les murs pâtinés par le temps, la signalétique vintage des vitrines... A voir les différentes clientèles prendre leur temps au Velodromo et échanger à tout heure du jour et de la nuit, on se dit que le pari de Moritz a été une réussite!


                                                           









Crédit photos // SLAVIA VINTAGE

mardi 20 novembre 2012

Un air de famille: Mildred Pierce vs. Edward Hopper


Les années 30, Glendale, banlieue de Los Angeles : la Grande Dépression frappe les Etats Unis. C'est dans ce contexte historique que se déroule Mildred Pierce, le roman de James M. Cain. Ce best seller américain écrit à la fin des années 30, relate le parcours d'une mère au foyer et épouse trompée, qui à force de travail et d'obstination, fait face aux obstacles et à l'adversité pour assumer seule la charge de ses filles et se bâtir une nouvelle vie de femme moderne et autonome vis à vis des hommes.

C'est le récit de cette «self made woman» (de son combat pour s'affranchir de ses propres préjugés de classe) mais aussi et surtout, la relation d'amour toxique qu'elle entretient avec sa fille, la vénéneuse Veda, qui m'ont intéressée dans la série éponyme. Kate Winslet, toujours aussi juste, et Evan Rachel Wood (parfaite dans son rôle de jeune femme arrogante et capricieuse aux faux-airs de Vivien Leigh) y tiennent les rôles titres de Mildred et Veda.




Le long de 5 épisodes, le réalisateur Todd Haynes déploie avec émotion son récit et décortique les tensions et enjeux de cette ascension sociale aux accents de tragédie grecque. Le tout dans une mise en scène soignée qui est bien plus qu'une reconstitution minutieuse du Los Angeles des années 30. La version de Todd Haynes se veut intime, quasi psychanalytique : les décors (villas middle class, cafés Hollywoodiens, mansions de « style Tudor néo-provençal » pour paraphraser Ellroy) doivent servir à l'histoire et traduire les états d'âme de Mildred: son abattement, lorsqu'à la recherche d'un emploi, elle se réfugie esseulée dans un café, son isolement dans sa vie de banlieue et dans son propre mariage...

Si tout au long de la série, on a le sentiment de reconnaître des lieux et des ambiances, c'est que l'univers d'Edward Hopper s'y déploie, presque à chaque plan. Pourtant, le peintre fut inspiré principalement par les paysages urbains de la côte Est – la Pennsylvanie, notamment. Mais quoi de plus naturel que de faire appel à ce peintre de la vie quotidienne (stations service, enseignes publicitaires, bureaux...) et des mutations de la classe moyenne américaine des années 30, pour refléter à travers la succession de fortunes et d'infortunes de Mildred Pierce, le désarroi social et moral de toute une nation à l'arrivée de la Grande Dépression.

Voici quelques images de l'hommage de Todd Haynes à Edward Hopper, à sa peinture du silence, reflet de tensions et solitudes...



"Room in New York"
Edward Hopper




"Hotel room"
Edward Hopper




"Automat"
Edward Hopper




"Chop Suey" 
Edward Hopper




"Gas"
Edward Hopper




"First row orchestra"
Edward  Hopper


"

"Girlie Show"
Edward Hopper




"Office at night"
Edward Hopper



Compositions // SLAVIA VINTAGE