mardi 7 août 2012

Les vacances Art Déco d'Hercule Poirot


Je me devais sur ce blog d'écrire sur une série qui m'a marquée et qui a certainement développé mon goût pour les années 30. 

Je songe à la série britannique Hercule Poirot dans laquelle le charismatique David Suchet incarne avec précision toutes les facettes du personnage: tant les qualités de ce dandy intuitif, toujours tiré à 4 épingles et droit jusqu'à l'extrême - que ses défauts: sa vanité, son goût maniaque de l'ordre et ses manières si britanniques... pour un Belge.






Quand je regardais Poirot, mes yeux déviaient toujours sur les décors. Chaque épisode était l'occasion de plonger dans les ambiances cosy des cottages du Dorset ou dans les intérieurs majestueux des manoirs Géorgiens.



Mais ce que j'aimais avant tout c'était de découvrir des nouvelles ambiances art déco. Et j'étais comblée: dés que l'histoire le permettait, les réalisateurs cherchaient à localiser les enquêtes dans des bâtiments anglais représentatifs de cette période:

Le Penguin Pool, du zoo de Londres pour «Vol au château»
La villa High and Over, Highover Park, Amersham, pour «Le Roi de trèfle»
Le Hoover building, Perivale, Londres pour «Le songe»
Le Midland Hotel, à Morecambe dans le Lancaster pour «Double manoeuvre»
Arnos Grove Station, à Londres, dans «Le Guêpier»
Le Broadcasting House siège de la BBC à Londres pour «Le bal de la Victoire»
L'aéroport de Shoream, dans l'épisode «La mort dans les nuages»
Le De La Warr, à Bexhill on Sea, East Sussex pour «A.B.C. Contre Poirot» et «Le meurtre de Roger Ackroyd»
L'Ocean Hotel, à Saltdean, pour le «Vol de bijoux à l'Hôtel Métropole»
L'ensemble résidentiel Lichfield Court à Richmond upon Thames, dans le Grand Londres pour « Un, deux, trois ».
La villa Joldwynds, à Holmbury St. Mary pour «La disparition de M.Davenheim» et dans l'épisode «Christmas pudding»

Et surtout le Burgh Island Hotel...





C'est là qu'eut lieu le tournage des «Vacances d'Hercule Poirot». Les producteurs y recréèrent l'hôtel exclusif et isolé où dés le début du roman, Hercule est envoyé en cure par son médecin à la suite d'un malaise. Il y rencontre le couple Marshall et il ne peut s'empêcher d'observer les talents de séductrice de l'épouse, Arlena... qui sera retrouvera étranglée dans une crique.

Le choix des producteurs pour Bigbury on Sea, n'est pas le fruit du hasard: Agatha Christie y résidait régulièrement, sensible au mystère que dégageait ce lieu reculé et d'une grande beauté. L'endroit parfait pour y planter une intrigue.

C'est avec le désir de visiter l’Hôtel, que j'ai parcouru l'été dernier le South Devon en y découvrant, au cours du chemin, des bijoux années 30: la ville de Penzance et sa «Jubilee Pool», St Ives...

Couverture "Les vacances d'Hercule Poirot" Edition du Masque 1941 








En ayant vu et revu (voire, re-re-vu grâce aux multidiffusions de la chaîne TMC) Hercule Poirot mener son enquête dans les salons de l'Hotel, j'avais une vision assez précise du lieu, de son architecture géométrique, épurée et néanmoins luxueuse.





Construit en 1929, ce bâtiment art déco traduit l'essence même de ce mouvement décoratif qui se développa en réaction aux troubles politiques des années 20 et qui fut adopté comme un refuge, par une élite fortunée fuyant la récession et la Révolution Bolchevique.

C'est cette élite, cette clientèle aisée qui fit l'essor du Burgh Island Hotel dans les années 30. Ils y aimaient l'élégance du lieu et l'opulence des intérieurs. Logique, ces «décors» se devaient d'être à la hauteur de l'univers de perfection des propriétaires, la famille Nettlefold, gestionnaire des Studios de cinéma du même nom.




Affiche du film WE réalisé par Madonna, diffusé en France en décembre 2012 
Production Semtex films

Son emplacement, à l'abri des regards était aussi un atout pour des célèbres invités tels que Wallis Simpson et le duc de Windsor, sensibles aux qualités de ce lieu coupé du monde, auquel on accédait selon les marées soit à pied soit sur le curieux tracteur sur-élévé qui depuis 1930 transporte les clients de l'hôtel!





Dans mon cas, une fois la presqu'île atteinte, encore à pieds secs grâce à la marée basse, l'immersion fut totale: j'étais invitée à la traditionnelle «curry party» du Pub Pilchard Inn, situé dans l'enceinte de l'hôtel, dont il partage la clientèle et les cuisines ("hélas, les soirées dansantes art déco du samedi étaient sold out depuis des mois, conséquence d'un été anglais toujours éphémère"...). 




Qu'à cela ne tienne, sirotant une bière des Cornouailles face à la baie, il faisait bon écouter les conversations des jeunes gentlemen de derrière. Les écussons aux armes de Cambridge trahissaient bien leur appartenance sociale, mais moins que leurs babillages innocents sur la météo – "toujours awful" – au-dessus du manoir écossais, celui du côté de «Mère»...


A peine le temps de leur prêter un avenir radieux entre la City, Wimbledon et le Horse National, que retentissait la cloche de bord de Hans, le maître des lieux. 

Bientôt quarante ans que cet ancien capitaine de marine marchande allemand a jeté l'encre à Bigbury, et presque autant qu'il officie au Burgh Island Hotel comme aubergiste. Un teint cramoisi, souligné par deux belles bacchantes qui tiennent plus de celles d'un gentleman farmer que du Kaiser, un caractère de cochon (c'est lui qui le dit) et une faconde à faire bredouiller le premier capitaine d'industrie ou Lord égaré dans les parages.



Douillettement installée face à la baie, alors que la marée recouvrait l'étroite bande de sable reliant la petite île à la grande, je vis passer les mille et un plats indiens de cette curry party pas comme les autres. Et comme Hans m'avait visiblement à la bonne, je les vis même passer deux fois...

Le laissant derrière moi tirer des bouffées de tabac hollandais de sa pipe, j'allais respirer l'air chargé de sel et de bruyère des abords de l'hôtel, guettant dans la semi obscurité, la silhouette hâtive et suspecte d'un quidam en tenue de golf. A cette heure-ci? Curieux, isn't it?

 Couverture du roman "The Great white Palace" de Tony Porter


Crédit photos // SLAVIA VINTAGE


1 commentaire:

  1. La série Hercule Poirot m'a également beaucoup séduit par la forte présence de l'archi, du design d'intérieur, des vêtements... (Miami Vice aussi d'ailleurs) bref tout ça pour vous dire combien je suis épaté par votre magnifique blog : bravo

    Guillaume

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